La composition des nuages

Fragmentaires-N--08-01

Devant elle, le feu crépitait, incandescence brute rouge phosphorescent. Les brindilles craquaient, tiges pâles et bleutées dans un bain vif d’ocre palpitant.  Les flammes avides léchaient les végétaux morts, qu’elles étreignaient contre leur cœur brûlant, consumaient férocement puis ratatinaient en une cendre noire, triste et volatile. Le spectacle la fascinait. Ainsi que la chaleur qu’elle ressentait en vagues fiévreuses sur son visage et sur ses avant-bras. La fumée s’élevait en volutes frêles et gracieuses, s’étirant et s’enveloppant telles des algues marines obéissant aux courants, avant de se perdre en un ultime tournoiement dans l’épaisseur du ciel, se fondant aux nuages, nourrissant les nuages même, les chargeant de suie, de cendres et de chaleur.

On lui avait expliqué la composition des nuages, gouttelettes d’eau cristaux de glace, et vapeur d’eau. Mais il n’y avait pas que ça, elle le sentait. On lui avait expliqué l’essentiel et elle avait demandé davantage, voulant comprendre, l’esprit insatisfait. Malgré leurs certitudes, elle ne ressentait que le vide. La faille. Ce quelque chose qui manque pour que l’ensemble s’assemble. Elle doutait encore, bien sûr et, à l’avalanche de ses questions, ne répondait que le silence. Peu importe. Elle ne cesserait jamais de chercher.
Elle s’était installée à deux pas du modeste foyer. Composé de quelques brassées d’herbes et feuilles mortes rassemblées à la hâte dans la cour, il emplissait malgré tout son champ de vision, noyait ses yeux de larmes molles. Elle ne reculait pas. Campée sur ses pieds nus, orteils creusant la poussière, paumes pressées l’une contre l’autre, elle observait, tenant entre ses doigts serrés les dernières brindilles qu’elle avait ramassées.

Il y avait le vent, soufflant la cendre et l’élevant au-dessus de sa tête par dessus les grands arbres du jardin. Il y avait le vent et le ballet délicat de la neige grise encore chargée de chaleur. Il y avait les braises frémissantes et le claquement sec du bois pulvérisé. Il y avait l’air noir, la fumée lourde coulant lentement vers le ciel. Elle n’y voyait plus rien. Pourtant, dans cette obscurité étouffante, elle se sentait aussi proche que possible de la vérité.

Là-haut les nuages attendaient d’être fécondés.

Fragmentaires-A-08-03

Texte : Louise

Photo 1 : Alain

Photo 2 : Aaron

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